Interview Yeondoo Jung

Ils sont migrants, réfugiés politiques, étudiants. Tous sont originaires de l'étranger et ont choisi la France. Parce qu'ils fuyaient la misère, la guerre ou parce qu'ils étaient attirés par la culture française. 

L'artiste coréen Yeondoo Jung retranscrit leur histoire, et surtout l'imaginaire qu'ils se faisaient de la France avant leur arrivée et le confronte à leur vécu dans notre pays. A travers des collages photos et des enregistrements audios, nous percevons grâce à son exposition D'ici et d'ailleurs, ces bribes de vie, ces rêves et ces désillusions. Des témoignages qui font écho à l'actualité.

 

- Vous avez demandé aux habitants du Val de Marne de témoigner de leur migration, pouvez vous nous expliquer comment s'est construite votre création ?

 

Je suis arrivé en juillet et j’ai passé deux mois en résidence au Mac Val.

Avant de faire des photos j’ai rencontré beaucoup de personnes, dans les parcs, le musée, dans la ville pour faire des interviews. Je leur ai posé deux questions : quelle était l’image, le rêve que vous aviez de la France avant de venir, à quoi vous attendiez vous ?

Ils m’ont raconté leur vie d’avant, comment ils sont arrivés en France, pour quelles raisons… J’ai rencontré 30 personnes et j’en ai choisi 8 et j’ai réalisé les photos.

 

Quels étaient leurs rêves ?

 

L’exposition s’appelle D’ici et d’ailleurs. Je leur ai demandé ce qu’ils imaginaient de la France, depuis leur pays d’origine. Quand je leur ai posé cette question ils étaient déjà établis en France, ils connaissaient leur vie ici. Cette question les a fait revenir en arrière. Par exemple, cette étudiant coréenne pensait aux impressionnistes quand elle pensait à la France, nous sommes donc allés ensemble au jardin de Monet à Giverny pour photographier cette idée de la France.

 

Et vous, quel est votre rapport avec la France ? Vos images initiales ?

 

Je suis venus plusieurs fois mais c’est mon séjour le plus long à Paris. Pour cette résidence je suis allé à l’école de Police, dans le métro, à Giverny, place de la République. Mon voyage était donc conçu autour de l’imaginaire des personnes que j’ai interrogées. Pas du mien.

 

Je me souviens je suis venu la première fois en France depuis Londres par l’Eurostar. La femme assise en face de moi dans le train, une française, pleurait au téléphone, c’était très triste, très dramatique, je la regardais, je voyais son mascara couler. J’avais l’impression d’être dans un film. C’était ma première image de la France.

 

Que pensez vous de l’Année France Corée, c’est important pour vous d’y participer ?

 

Je suis exposé dans plusieurs lieux : ici au Mac Val, à Lille au Tri Postal dans le cadre de Lille 3000 et  à Marseille à la Friche la Belle de mai. Normalement j’expose en France tous les trois ou quatre ans et là trois fois dans la même année, ça m’apporte une connaissance beaucoup plus approfondie de la culture française que j’apprécie de plus en plus.