Interview Pierre Sang Boyer

 

Du 25 au 27 septembre, le Carreau du Temple se transforme en temple du Street Food ! La deuxième édition, sous le signe de la Corée, a choisi comme chef invité Pierre Sang Boyer. Le jeune chef franco-coréen fait partie de la génération montante de la gastronomie française. 

Très impliqué dans l’installation du stand, portant des tables, arrangeant des paravents, passant de l’anglais, avec les chefs coréens, au français, avec son équipe,  Pierre Sang Boyer s’active, dans le calme. Rencontre à quelques heures de l’ouverture de Street Food Temple 2.

 

Pierre-Sang Boyer, vous êtes le chef invité de cette deuxième édition de Street Food Temple au Carreau du Temple, ça représente quoi pour vous ?
La cuisine est très populaire en ce moment, l’édition de l’an dernier avec Monsieur Marx a très bien marché et depuis deux semaines on sent un engouement par rapport à cet événement, par rapport à l’Année France Corée. Ce week-end on aura l’impression d’être en Corée, sauf que les gens n’ont pas les yeux bridés. 
Je suis très fier d’être présent ici parce que je suis un peu un trait d’union. Je suis né en Corée, j’ai été adopté en France, j’ai toujours travaillé dans des restaurants français, je fais un métier qui me passionne et là, je suis avec deux chefs coréens, et j’essaie de faire ce trait d’union.  Si on m’avait dit il y a 5 ou 6 ans que j’en serais là j’aurais dit « ce n’est pas possible », rencontrer le Président (NDLR : François Hollande a reçu le 18 septembre dernier à l’Elysée, avec le premier ministre coréen, les principales personnalités de l’Année France Corée), participer à cette année France Corée…. 

Vous êtes au four et au moulin aujourd’hui, très présent dans cette phase d’installation
C’est important aussi de montrer l’exemple. L’équipe est fière d’être là.  Ils sont contents aussi de faire un événement extérieur, ça change de leur routine.  On fait partie de cette génération qui essaie de faire de la cuisine abordable et accessible. 
C'est pour ça que des événements comme Street Food Temple sont importants. La cuisine dans toutes les cultures, toutes les ethnies on en a besoin, ce qui est génial c’est qu’on a cette richesse-là. Sur des événements comme Street Food Temple on peut manger du mexicain, du coréen, du français…C’est à l’image de ce qu’il se passe aujourd’hui.

Justement, comment fait-on de la cuisine coréenne à Paris avec des produits locaux ? Vous utilisez des techniques particulières ?
C’est plutôt une philosophie. 
Bosser avec des produits parisiens c’est important pour moi, ça fait partie de notre identité : travailler du locavore, de l’agriculture raisonnée et d’intégrer tout ça. Cette éthique-là est essentielle.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
C’est un tout. On a fait un plat signature, à partir d’une recette coréenne qu’on appelle le Kim Chi chigae , Kim Chi c’est le légume fermenté, le plus connu c’est le chou, et chigae ça veut dire soupe. L’idée c’est que j’ai intégré de la lentille verte du Puy, un peu comme dans une potée auvergnate qui est à base de choux et de lentilles. Que vous soyez du côté français ou coréen, les recettes se ressemblent. Je suis vraiment le trait d’union, et j’intègre des éléments qui vont permettre à beaucoup de monde de goûter ma cuisine. Je prends en compte des petites choses, je vais faire attention par exemple à ne pas mettre de porc pour être accessible à tous.

Vous êtes un chef très populaire, qu’est-ce que ça implique ?
Je suis populaire, c’est grâce à ça que j’en suis là et je ne l’oublie pas. C’est important d’être accessible. Je dis souvent à mes chefs, c’est facile de bien cuisiner avec du homard ! Là on va travailler des viandes françaises mais avec un assaisonnement coréen. Je pense qu’il faut mettre de la personnalité, faire ce qu’on aime, être naturel.

La street food ça fait partie de la culture coréenne ?
Oui, ici on utilise ce mot qui est à la mode, mais quand vous allez en Asie, dans les marchés il y a toujours eu des gens qui préparent à manger. 

L’Année France Corée c’est important ? Et le principe même de ces années croisées ?
C’est génial ! Quand on voit la population française, il y a un gros métissage, on a cette richesse, cette chance d’avoir cette ouverture sur le monde. Moi je me sens aussi bien Français que Coréen, je suis fier de participer à cet événement. Toute l’équipe du Carreau du Temple a fait un super boulot, les équipes de l’Institut français aussi. C’est ça qui est bien, de voir qu’on peut avancer, faire des choses ensemble. 
 

La Corée est assez peu connue en France, y compris la cuisine coréenne moins connue que d’autres cuisines asiatiques …
C’est vrai qu’en France la Corée est assez peu connue, mais quand on rencontre la ministre de la culture, Fleur Pellerin, ou  Jean Vincent Placé, on se rend compte que la France est une terre d’accueil. Ça permet de dire qu’en France on peut réussir aussi, c’est génial, il faut montrer le positif. Par rapport aux minorités on oublie de parler de ces choses-là, quand il y a des choses positives il faut en parler aussi.